Mon livre sur les neurotypiques!

une de couv et derniere

Aujourd’hui la France accuse un retard considérable en matière de recherche sur le neurotypisme. Pourtant les chiffres parlent d’eux-mêmes : si les troubles mentaux les plus répandus concernent près de 70 % de la population générale (bipolaires, paranoïaques, borderlines, schizophrènes, anxieux, mégalomanes, autistes, Alzheimers, pervers narcissiques..) le neurotypisme, lui, a une prévalence estimée à 30 % environ de cette même population.

Alors pourquoi une telle invisibilité de ces sujets qui, même si ils méritent le qualificatif de « personne », ne sont bien souvent..personne ?

Il existe un tel écart entre le neurotypisme « sévère » – typiquement la ménagère de moins de 50 ans, divorcée, en surpoids, vivant en région parisienne et possédant au moins un animal de compagnie – et le neurotypisme « léger » – plus facilement détectable chez le sujet jeune, en fin d’études secondaires, débutant sa vie maritale ou passant son permis de conduire (et l’obtenant du premier coup)- que la tentation serait de ne chercher à considérer le neurotypisme que lorsque les signes cliniques sont évidents et ne laissent pas de place au doute.

Nous verrons dans cet ouvrage, au travers -entre autre- de témoignages éloquents, comment le neurotypisme peut changer de forme, nous amenant à comprendre qu’il existe « autant de formes de neurotypisme que de neurotypiques ».

Je dois beaucoup à la fréquentation des neurotypiques.

C’est pour rendre hommage à ces moments de vies inoubliables en compagnie de ces « invisibles » que j’ai écris cet ouvrage que j’ai souhaité accessible à un large public : parents, « amis de » ou neurotypiques eux-mêmes qui trouveront ici des pistes pour un auto-diagnostic, à défaut d’une prise en charge malheureusement inexistante à l’heure actuelle (« au jour d’aujourd’hui » dirait un neurotypique).

________________________________________________________________________________

Chapel Smallout est enseignante – chercheuse autodidacte . Diagnostiquée autiste à haut fonctionnement cognitif elle contribue à la recherche sur la neurotypie grâce à sa longue expérience auprès de neurotypiques de tous âges.

                                                                               www.quasiaspie.com

 

Ce matin là j’ai dit non

fiche-meter-traderCe matin là j’ai dit non.
Non je n’utiliserai pas les 15 minutes qui me restent pour me doucher, me coiffer, brosser mes dents, me maquiller, m’habiller.
Non je ne prendrai pas l’ascenseur, n’irai pas à la voiture, n’évaluerai pas le temps restant pour arriver à destination sur mon GPS.
Non, je ne sortirai pas de ma voiture à regret pour parcourir les quelques centaines de mètres qui me séparent de mon lieu de travail.
Non je ne marcherai pas les poings serrés dans mes poches, espérant ne croiser personne, m’apprêtant déjà à porter mon masque de normalité.
Non je n’adresserai pas un léger sourire de circonstance au gardien, en bafouillant un bonjour pour lequel je ne sait jamais si il recueillera une réponse,
Non je ne poserai pas mon sac sur mon bureau en effectuant les mêmes gestes: allumer l’ordinateur, enlever mon manteau, ouvrir mon agenda, entrer mon mot de passe, ouvrir Internet.
Mettre mes boules Quies, dont je ne peux plus me passer depuis des mois.
Non, je ne ferai pas comme si « finalement c’est pas si mal » ce boulot, car depuis le temps je sais encaisser.
Non je ne penserai pas aux clochards, aux internés en psychiatrie, à ceux qui vivent chez leurs parents à 40 ans.
Je ne sais pas encaisser et je me fous de ce qu’il y a de pire.
J’ ai toujours été un bon soldat, outrepasser les règles m’a toujours fait peur. Ma mère est fière de moi, elle croit que je m’ en suis bien sortie.
Mais non, je ne suis pas désolée.
Plutôt crever que retourner travailler.

Empathie

IMG_20180324_155702

Lorsque je m’en absente je suis obsédée par le vide de mon appartement , déserté pour quelques heures ou quelques jours, quelques semaines. Je pense à cet espace, sombre, silencieux, à peine troublé par le grondement d’un frigo ou le tic-tac d’une horloge inutile, cet espace indéfiniment vide qui ne sais pas lui-même quand ses occupants lui redonneront vie. Cet espace là existe, même si personne ne le voit, et je m’y plonge, en imagination, attentive à l’immobilité , aux plis du vêtement négligemment jeté sur le lit, au niveau de l’eau dans le verre abandonné, à la lenteur extrême avec laquelle en se retirant elle déposera son discret témoignage. J’occupe physiquement cet espace par mon esprit, je l’habite en pensée.

De la même façon j’ inspecte malgré moi  la vie invisible mais réelle, de ceux qui ont vécu la pire des détresse et pour lesquels on a jamais su. J’ai souvent en tête John Coffey, le colosse du film La ligne Verte, je pense à ce que pourrait endurer quelqu’un qui, sans la voire, sentirait toute la souffrance du monde, je pense à Stephen King, le créateur de ce personnage et ce qu’il a voulu exorciser de manière si violente. Cet écrivain doit avoir une sensibilité poussant l’anxiété à son paroxysme,  lui aussi est capable de ressentir toute cette détresse insupportable, parce-qu’il conscience qu’elle n’est que invisible, et qu’ il a le pouvoir d’en imaginer tous les détails.

Le psychiatre-psychanalyste

IMG_20180319_231006 (1)

Rendez-vous chez le psy.

Comme un gag, le livre de Bettelheim « La forteresse vide » est exposé au premier rang dans la bibliothèque aux côtés d’une collection poussiéreuse d’ouvrages de Freud.

Je pensais naïvement qu’un psychiatre, plutôt jeune (à ce que j’avais pu en déduire après investigations sur le Net), serait à l’écoute de mes questionnements autour du syndrome d’Asperger. Eh ben non, vraiment: non. Il me reçois de la manière la plus froide dont j’ai jamais été reçue (sûrement la fameuse « neutralité » du psychanalyste) du genre me désignant le fauteuil où je suis censée m’asseoir, ne me proposant pas d’enlever mon manteau.. pas même un mouchoir.

Moi qui craignais ne pouvoir commencer à m’exprimer étouffée par mes sanglots, je me suis sentie tout à coup vidée de toute émotion, incapable de me livrer à un être  si déshumanisé.

Ensuite il n’a fait que reprendre mes fins de phrases pour que je continue à meubler le vide.

« Poursuivez.. »

Les deux seules questions qu’il a posé montraient clairement sa crainte d’avoir affaire à une cinglée totale type schyzo qui entends des voix (« vous entendez quel bruit là? »/ »vous avez un sentiment d’étrangeté n’est-ce pas? ») .

La conclusion de la séance fût cocasse. Il me conseilla de sortir, de voir un maximum de monde, de m’inscrire au « club med gym ».

100 balles s’il-vous-plait.

 

« Qu’est-ce qui vous amène? »

Ben en fait j’sais pas..Qu’est-ce que je fous là au fait?