Ça commence ici

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Sans titre-1

Je me souviens de la couleur orange, c’est un souvenir fragile, comme le souvenir d’une odeur, cet orange-là il était – il reste – terrible.
Le bruit des cris d’enfants résonnant sur les parois carrelées. L’odeur de la cantine mêlée à celle de l’eau de javel.
Je n’ai pas un seul souvenir de jeu avec les autres enfants. Non que je ne me rappelle pas de ces jeux, mais parce-que, aussi surréaliste que cela puisse paraître, je n’ai jamais joué avec d’autres enfants.
Les souvenirs ne me font pas défaut, au contraire. Les plus anciens remontent à mes 2, 3 ans. J’ai du mal à réaliser moi-même ce que j’écris ici. Non, je n’ai jamais joué avec d’autres enfants à l’école. Ni à la maternelle, ni au primaire.
Si j’écris ceci aujourd’hui c’est justement pour tenter d’ouvrir les yeux sur ce que j’ai été, sur ce que je suis.
J’ai très longtemps essayé de comprendre pourquoi j’étais comme ça, j’ai étudié toutes sorte de livres de psychanalyse, consulté plusieurs psychanalystes, psychothérapeutes.
Je n’ai jamais évoqué cet aspect de ma vie avec eux, ni avec personne, même pas sur Internet, mes problèmes avec « les autres ».
« Les Autres », ces mots auront résonné toute mon enfance. Les institutrices convoquaient mes parents systématiquement. J’étais normale à la maison. C’était difficile à croire mais c’était vrai. J’étais bien chez moi, dans ma grande famille le dimanche, en été, en vacances. Quasiment tout ce qui se passait en dehors de l’école était merveilleux.
Mes parents étaient jeunes, mon père avait 19 ans à ma naissance. Leur mariage n’était pas vu d’un bon œil. Moi l’aînée je ne pouvait pas donner raison aux mauvaises langues, cela explique en partie pourquoi mes problèmes n’ont pas été traités. Mais je ne veux accuser personne. Peu importe le pourquoi, et même ce « pourquoi » est une question qui masque ce qu’il y a de plus important. Le « quoi ».