Bonjour Docteur

Rendez-vous chez le docteur car je suis tout simplement incapable  d’aller travailler.

Cela a dû m’arriver une ou deux fois auparavant: blocage total, l’idée d’y aller est impossible. Je débarque dans la salle de consultation et j’arrive à peine à atteindre ma chaise avant d’ éclater en sanglot. Je n’arrive pas à prendre la parole, je ne fais que pleurer, le visage dans mes mains. J’imagine qu’il doit se dire qu’il m’est arrivé quelque-chose de grave.

Je lui dis que oui, ça se passe mal au travail, mais c’est comme d’habitude. Je lui dis que oui, ça se passe mal avec mon conjoint, comme d’habitude aussi. Puis je lui lâche que je pense avoir le syndrome d’ Asperger. J’avoue que c’est un peu brutal, mais comment l’annoncer autrement?

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Il est gêné, je le comprends. Il doit penser que je pleure parce-que je pense avoir le syndrome d’Asperger. Donc il essaye de me dissuader.

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Il va prendre un certain temps pour développer tous les arguments sensés me prouver que je ne suis pas Asperger.

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Il finit par me dire de ne pas consulter Internet car sur Internet on trouve ce qu’il y a de pire. Je constate donc que mon docteur ne connait strictement rien au syndrome d’Asperger mais cette méconnaissance n’est pas grave en soi. Je continue de bien l’aimer, j’ai juste été un peu déçue qu’il n’écoute pas ce que j’avais à dire.

Avec ses yeux croisant rarement mon regard, son ton plutôt monocorde et ses éternelles chemises à carreaux, je pense qu’il ferait mieux de consulter un peu plus certaines infos sur Internet, pour en apprendre plus sur lui-même.

 

Petite visite chez ma tante ce week-end, en partant je lui dis que suis en arrêt.

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..Ou comment descendre le moral de quelqu’un qui est déjà en dépression..

Ça commence ici

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Je me souviens de la couleur orange, c’est un souvenir fragile, comme le souvenir d’une odeur, cet orange-là il était – il reste – terrible.
Le bruit des cris d’enfants résonnant sur les parois carrelées. L’odeur de la cantine mêlée à celle de l’eau de javel.
Je n’ai pas un seul souvenir de jeu avec les autres enfants. Non que je ne me rappelle pas de ces jeux, mais parce-que, aussi surréaliste que cela puisse paraître, je n’ai jamais joué avec d’autres enfants.
Les souvenirs ne me font pas défaut, au contraire. Les plus anciens remontent à mes 2, 3 ans. J’ai du mal à réaliser moi-même ce que j’écris ici. Non, je n’ai jamais joué avec d’autres enfants à l’école. Ni à la maternelle, ni au primaire.
Si j’écris ceci aujourd’hui c’est justement pour tenter d’ouvrir les yeux sur ce que j’ai été, sur ce que je suis.
J’ai très longtemps essayé de comprendre pourquoi j’étais comme ça, j’ai étudié toutes sorte de livres de psychanalyse, consulté plusieurs psychanalystes, psychothérapeutes.
Je n’ai jamais évoqué cet aspect de ma vie avec eux, ni avec personne, même pas sur Internet, mes problèmes avec « les autres ».
« Les Autres », ces mots auront résonné toute mon enfance. Les institutrices convoquaient mes parents systématiquement. J’étais normale à la maison. C’était difficile à croire mais c’était vrai. J’étais bien chez moi, dans ma grande famille le dimanche, en été, en vacances. Quasiment tout ce qui se passait en dehors de l’école était merveilleux.
Mes parents étaient jeunes, mon père avait 19 ans à ma naissance. Leur mariage n’était pas vu d’un bon œil. Moi l’aînée je ne pouvait pas donner raison aux mauvaises langues, cela explique en partie pourquoi mes problèmes n’ont pas été traités. Mais je ne veux accuser personne. Peu importe le pourquoi, et même ce « pourquoi » est une question qui masque ce qu’il y a de plus important. Le « quoi ».